
En septembre 2025, la Haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse (FHNW) a, pour la quatrième année consécutive et à la demande de Marchés Équitables Suisse (MÉS), passé au crible la politique de prix de Migros, Coop, Aldi et Lidl dans le cadre du Moniteur des prix. Objectif : le Moniteur des prix vise à accroître la transparence de la formation des prix, à analyser les relations de prix dans l'agriculture et le secteur alimentaire suisses et à évaluer leurs effets sur la durabilité.
Les chiffres du troisième trimestre 2025 confirment que les produits bio restent davantage pénalisés : les consommateurs les paient principalement plus cher, mais cet argent supplémentaire profite moins aux producteurs que pour les produits conventionnels. L'étude montre que la disposition des consommateurs à payer davantage pour les produits bio ne se traduit pas par une rémunération proportionnellement plus élevée des producteurs. Une part importante de la valeur ajoutée est captée en aval de la chaîne alimentaire, sans bénéfice équivalent pour les producteurs, l'environnement ou le bien-être animal. Cette situation rend la production biologique peu attractive pour de nombreuses exploitations et freine la transition vers un système alimentaire plus durable.

Les porcs bio vivent dans de meilleures conditions, mais leur viande reste un produit de niche. En Suisse, seuls 3,5 % des volumes de porc vendus proviennent de l’agriculture biologique, alors même que le porc est la viande la plus consommée du pays.
Dans les rayons, l’écart de prix est frappant : le jambon arrière bio coûte 61,10 francs le kilo, contre 17,50 francs pour la version conventionnelle, soit plus de trois fois plus cher. Pourtant, cette différence profite peu aux éleveurs : un producteur bio reçoit 7,60 francs par kilo de jambon, contre 5 francs pour un producteur conventionnel. Le supplément payé par les consommateurs ne revient donc que marginalement aux fermes.
Si l’on regarde la répartition du prix payé en magasin, le constat est encore plus marqué : pour un jambon arrière bio, seuls 12 % du prix de vente reviennent à l’agriculteur, tandis que 88 % reviennent à la transformation et au commerce. Pour un jambon conventionnel, la part revenant à l’agriculteur atteint 29 %.

Forte variation de prix pour les fruits et légumes : les pommes, les pommes de terre et les carottes présentent les écarts les plus marqués. Pour les carottes bio, environ 1 franc sépare le prix payé en magasin de celui reçu par le producteur, contre seulement 20 centimes pour les carottes conventionnelles. Autrement dit, cet écart est cinq fois plus important pour les carottes bio.

Bonne nouvelle : pour plusieurs produits, dont le lait et le yogourt, une part plus importante de la différence de prix entre le bio et le conventionnel revient désormais aux producteurs plutôt qu’aux distributeurs. Cette évolution est encourageante, car elle permet de mieux rémunérer les exploitations qui produisent en bio. Pour le lait bio, par exemple, les consommateurs paient environ 34 % de plus que pour le lait conventionnel, et une partie de ce supplément bénéficie directement aux producteurs : environ 39 % de l’écart de prix payé par les consommateurs revient aux producteurs. Cette tendance se retrouve également pour le yogourt, les œufs et les pommes.
Face à ces accusations, Migros et Coop, principaux acteurs de la distribution alimentaire en Suisse, contestent toute surmarge sur les produits bio. Les deux enseignes affirment que leur politique de prix repose sur des coûts réels plus élevés liés au bio, notamment les contrôles, les certifications ou encore la séparation des flux de marchandises. Elles soutiennent également que leurs marges ne sont pas supérieures à celles des produits conventionnels et défendent une relation “équitable” avec le monde agricole. (1)
Mais un point reste opaque : les marges exactes réalisées sur les produits bio ne sont pas rendues publiques. Les deux distributeurs refusent de détailler leurs bénéfices, invoquant le caractère confidentiel de ces données commerciales. Une absence de transparence qui nourrit les critiques et entretient le débat sur la réelle répartition de la valeur dans le secteur bio.
Les consommatrices et consommateurs ne devraient pas avoir à choisir entre soutenir l’agriculture biologique et payer des prix excessifs. Les agricultrices et agriculteurs bio, qui s’engagent pour des pratiques plus respectueuses de l’environnement et du vivant, méritent une rémunération à la hauteur de leurs engagements. Acheter autant que possible directement auprès des productrices et producteurs permet souvent de mieux répartir la valeur et de soutenir plus justement celles et ceux qui produisent.
Pour autant, il reste essentiel de choisir des produits bio, y compris auprès des grands distributeurs, afin de renforcer l’offre et la concurrence dans ce secteur. Mais ces derniers doivent assumer pleinement leur responsabilité : ils ne peuvent pas présenter le prix du bio comme un obstacle à son accessibilité tout en maintenant des marges insuffisamment transparentes ou disproportionnées. Une plus grande transparence sur la formation des prix et une répartition plus équitable de la valeur tout au long de la chaîne alimentaire sont indispensables pour que le développement du bio bénéficie enfin davantage aux productrices et producteurs.
Ces articles ne sont pas seulement des alertes : ils traduisent un effort de vulgarisation et d’information qui permet à chacun·e de comprendre des enjeux techniques et d’agir en connaissance de cause.
Si vous souhaitez nous aider à poursuivre ce travail essentiel, vous pouvez soutenir la fondation :