
Le hérisson d’Europe fait face à plusieurs menaces, mais des solutions concrètes existent pour inverser la tendance. Jardins vivants, moins de pesticides et espaces verts repensés offrent déjà des solutions concrètes pour l’aider. À travers une interview de Pro Igel, l’article montre comment chacun, des particuliers aux communes, peut agir pour lui redonner une place.
Le hérisson d’Europe, reconnaissable à ses piquants et familier de nos jardins, traverse aujourd’hui une période critique. En Suisse comme dans l’Union européenne, ses populations sont en déclin et l’espèce est désormais considérée comme potentiellement menacée.
Les causes sont multiples: disparition de ses habitats, fragmentation des paysages, trafic routier — mais aussi utilisation des pesticides. Ceux-ci réduisent non seulement ses ressources alimentaires en faisant fortement chuter les populations d’invertébrés, mais ils pénètrent également dans la chaîne alimentaire. Lorsque le hérisson consomme des insectes contaminés, ces substances s’accumulent dans son organisme.
Autrefois surtout présent dans les zones rurales, le hérisson vit aujourd’hui principalement dans nos jardins, parcs et espaces verts urbains. Il est ainsi devenu un véritable symbole de la biodiversité de proximité. En Suisse, il a été élu animal de l’année 2026 par Pro Natura — une distinction qui souligne l’urgence de mieux comprendre ses besoins et de renforcer sa protection.
Afin de mieux cerner les défis auxquels l’espèce est confrontée ainsi que les solutions concrètes envisageables, nous avons contacté Pro Igel, l’organisation suisse spécialisée dans la protection du hérisson, et échangé avec Monika Waelti, Coordinatrice de l’association Pro Igel.
Pro Igel est, depuis 37 ans, l’organisation suisse de référence pour la protection et la promotion du hérisson. Notre objectif est de préserver durablement son habitat et de sensibiliser la population à l’importance des milieux naturels. Nous montrons comment les jardins, les parcs et les espaces résidentiels peuvent redevenir des lieux où le hérisson trouve encore sa place.
Le hérisson d’Europe est aujourd’hui fortement sous pression. Les routes fragmentent ses déplacements, les habitats disparaissent et les insectes se raréfient. Les pesticides, en particulier, le touchent durement: ils font disparaître sa nourriture tout en le contaminant via la chaîne alimentaire.
Protéger le hérisson, c’est donc aussi protéger la biodiversité. Là où vit le hérisson, la nature est généralement riche et diversifiée.
Le hérisson n’a pas besoin de jardins parfaits - il a besoin de jardins vivants.
Dans des espaces trop ordonnés, bétonnés ou tondus à ras, il trouve à peine de quoi se nourrir ou se cacher. Beaucoup d’espaces verts entretenus de manière intensive sont de véritables « déserts verts » pour lui.
De petits changements peuvent déjà faire une grande différence: un coin laissé plus sauvage dans le jardin, un tas de feuilles mortes, une haie indigène ou encore une petite ouverture dans une clôture pour lui permettre de circuler d’un jardin à l’autre. Ce qui est souvent perçu comme du « désordre » est en réalité vital pour le hérisson. Ces structures abritent toute une vie: insectes, larves, coléoptères - tout son univers alimentaire.
Les communes aussi peuvent recréer ces petits refuges de biodiversité grâce à des prairies fleuries, des parcs plus naturels et une gestion moins intensive des espaces verts.
Le renoncement aux pesticides reste essentiel. Les produits chimiques réduisent fortement la biodiversité et privent progressivement le hérisson de ses ressources alimentaires. Là où les insectes sont nombreux, tout l’écosystème en bénéficie — y compris l’être humain.
Un jardin diversifié parvient souvent à trouver son propre équilibre. En renonçant aux produits chimiques, on favorise le retour des auxiliaires naturels: oiseaux, coccinelles et carabes et le hérisson en fait aussi partie.
Les cultures associées, les plantes robustes, le compost à la place des engrais chimiques, les espèces indigènes et les prairies fleuries contribuent à renforcer cet équilibre.
Les pesticides détruisent rapidement ce réseau fragile. Ils ne touchent pas seulement certains ravageurs, mais des communautés vivantes entières. Pour le hérisson, cela signifie moins de nourriture et davantage de substances toxiques absorbées via les insectes empoisonnés.

Les signaux sont encourageants: les jardins naturels, les prairies fleuries et l’entretien sans pesticides séduisent de plus en plus de monde, tandis que les communes adoptent une gestion des espaces verts plus attentive à la biodiversité.
Mais nous observons également des tendances inverses: jardins minéraux stériles, surfaces bétonnées et pelouses entretenues de manière intensive restent très répandus, notamment dans les espaces gérés par des régies immobilières. Dans ce domaine, il est encore nécessaire de mieux sensibiliser à la question de la biodiversité.
Les robots-tondeuses constituent également un problème majeur, surtout la nuit, lorsqu’ils deviennent un danger pour les hérissons.
Concernant les pesticides, des efforts restent aussi nécessaires. Beaucoup de personnes ne réalisent pas à quel point le déclin des insectes est lié à celui du hérisson. Des espaces verts plus naturels et une réduction de l’usage des produits chimiques seraient donc des mesures importantes pour améliorer durablement la situation.
Oui, absolument.
Les communes réagissent souvent aux initiatives venant de la population. Les citoyennes et citoyens peuvent aborder activement le sujet, par exemple en échangeant avec les autorités communales, en lançant des initiatives locales ou en proposant des aménagements plus favorables à la nature.
Il est important de montrer qu’un espace vert sans pesticides ne signifie pas un espace mal entretenu, mais au contraire un lieu plus riche écologiquement et souvent plus durable. Des prairies fleuries à la place des gazons tondus ras, des haies sauvages, des tontes moins fréquentes et l’abandon des pesticides font une grande différence pour les insectes.
De telles mesures favorisent les populations d’insectes et améliorent ainsi directement les ressources alimentaires du hérisson. Les communes ont ici un rôle exemplaire important et peuvent montrer que biodiversité et qualité de vie vont de pair. La ville de Berne peut être citée comme exemple positif.
Avant de tondre, il vaut la peine d’inspecter attentivement la zone, surtout les hautes herbes, le dessous des haies ou les tas de feuilles.
Le hérisson ne fuit pas: il reste immobile et se roule en boule — c’est précisément ce qui le rend si vulnérable.
Il faut donc travailler lentement, rester attentif, préserver des zones refuges et éviter de tondre au crépuscule ou pendant la nuit.
Si vous trouvez un hérisson blessé, particulièrement petit, affaibli ou actif en journée et que vous avez un doute, il est important de contacter un centre spécialisé ou notre hotline. Mieux vaut demander conseil une fois de trop que trop tard , de nombreux hérissons peuvent être sauvés lorsqu’on agit à temps.
Certains appareils détectent aujourd’hui mieux les obstacles. Mais une chose reste claire: aucun robot-tondeuse n’est véritablement sans danger pour les hérissons.
Les jeunes hérissons, en particulier, passent souvent inaperçus. Les robots-tondeuses ne devraient donc fonctionner que pendant la journée mais jamais la nuit ni au crépuscule.
En tant qu’organisation indépendante, Pro Igel se finance entièrement grâce aux dons et aux contributions privées. Ce soutien de la population est essentiel pour poursuivre durablement notre travail d’information, de conseil et de protection.
Nous remercions chaleureusement Monika Waelti pour ses réponses.
Plus d’informations sur l’organisation Pro Igel sont disponibles sur leur site internet: Pro Igel Suisse
Ces articles ne sont pas seulement des alertes : ils traduisent un effort de vulgarisation et d’information qui permet à chacun·e de comprendre des enjeux techniques et d’agir en connaissance de cause.
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