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Valeurs limites pour les PFAS : l'UE va de l'avant, la Suisse reste dans les starting-blocks

Jonas Wiget
Par
Jonas Wiget
le
24/9/26
En bref

Dans l’eau potable, les aliments ou les sédiments, les PFAS sont désormais omniprésents. Face aux risques pour la santé, l’UE a renforcé ses valeurs limites début 2026. La Confédération voulait suivre, mais le Parlement suisse bloque. Une décision difficile à concilier avec les préoccupations de la population.

L'essentiel en bref

  • Presque toutes les études menées ces dernières années montrent que les PFAS sont omniprésents, y compris dans notre alimentation et nos boissons.
  • Les limites légales fixées pour les PFAS dans les denrées alimentaires et l'eau potable visent à réduire les effets néfastes de ces substances sur la santé humaine.
  • Début 2026, l'UE a adopté des valeurs limites plus strictes pour les PFAS dans l'eau potable. En revanche, les dispositions légales en vigueur en Suisse concernant les PFAS dans l'eau potable sont nettement moins strictes ; une consultation est en cours en vue de l'adoption des valeurs limites de l'UE.

L'association SansPoison demande :

La Suisse doit renforcer la surveillance des PFAS et réglementer ces substances de manière plus stricte. Une première mesure importante consiste à adopter les valeurs limites fixées par l'UE pour les PFAS dans l'eau potable. Parallèlement, il faut mettre fin au plus vite aux rejets de PFAS dans l'environnement.

Les PFAS, des polluants éternels qui s’accumulent

Les composés alkylés per- et polyfluorés, ou PFAS, sont présents dans de nombreux produits depuis les années 1970, notamment dans les liquides de refroidissement et les pesticides. Les substances de ce groupe sont également appelées « substances chimiques éternelles », car les PFAS ne se dégradent pratiquement pas dans l'environnement. Ils s’accumulent à divers endroits, par exemple dans les sédiments lacustres, dans les plantes, mais aussi dans le corps humain. Cela pose problème, car de nombreux PFAS sont nocifs pour la santé [1](voir également à ce sujet les articles précédents de SansPoison : PFAS : « le principe de précaution a échoué » ou Trifluoroacétate – une nouvelle étude montre de graves malformations chez les lapins).

Des PFAS dans notre alimentation et nos boissons

Les PFAS sont désormais omniprésents dans les sols suisses [2],[3]. Ils sont également très répandus dans les eaux souterraines et les eaux de surface. En raison de leur persistance, ils restent dans l'environnement et se retrouvent ainsi dans nos assiettes et nos verres. Deux exemples récents illustrent bien ce problème.

Illustration 1: Les perches et les brochets du lac de Zoug sont fortement contaminés par les PFAS. Chez les poissons prédateurs, les PFAS s’accumulent via les poissons proies contaminés.

Vers la fin de l’année 2025, le canton de Zoug a décrété une interdiction de vente des brochets et des perches provenant du lac de Zoug. Des analyses ont montré que les concentrations de PFAS dans ces poissons dépassaient nettement les limites autorisées [4]. Le fait que ces deux espèces précisément aient été concernées n’est toutefois pas surprenant, car il s’agit dans les deux cas de poissons prédateurs. Au fil des maillons de la chaîne alimentaire (par exemple, le plancton –> les petits poissons –> le brochet), les PFAS s’accumulent progressivement dans les organismes. C’est pourquoi les concentrations les plus élevées de PFAS ont été observées chez le brochet et la perche (deux poissons situés au sommet de la chaîne alimentaire). Selon le canton de Zoug, la forte contamination par les PFAS dans les poissons est notamment due à des sites pollués tels que les terrains d’entraînement à l’extinction d’incendie et d’anciens sites industriels [5]. Il est par ailleurs tout à fait concevable que des résidus de PFAS provenant de terres agricoles intensivement exploitées dans la région aient également contribué à cette contamination.

À l'avenir, réduire la consommation de perches et de brochets ne poserait sans doute pas trop de difficultés à la plupart des gens. En revanche, il serait nettement plus difficile de se passer de l'eau potable du robinet. Une étude pilote menée par l'OFEV a toutefois révélé que des PFAS avaient été détectés dans la moitié des stations de mesure des eaux souterraines [2]. Des résultats similaires ont également été observés lors d’analyses sur l’eau potable. Des PFAS ont été détectés dans près de 50 % des échantillons [6]. Heureusement, dans les deux études, les valeurs limites légales n’ont été dépassées que dans de très rares cas. Néanmoins, la présence généralisée de PFAS dans l’eau potable est préoccupante, étant donné que bon nombre d’entre eux sont nocifs pour la santé.

Les exemples ci-dessus, ainsi que d’autres cas similaires d’aliments contaminés, ont été relayés par divers médias. La couverture médiatique fréquente des PFAS ces dernières années a contribué à sensibiliser la population à cette question. Aujourd’hui, selon les sondages, une large majorité de la population est donc favorable à une réglementation plus stricte de ces substances chimiques, par exemple par le biais de valeurs limites plus strictes ou d’une interdiction totale [7]

Valeurs limites : de quoi s'agit-il et comment sont-elles fixées ?

Les valeurs limites, également appelées valeurs maximales, correspondent aux concentrations de certaines substances ou de certains groupes de substances présentes dans les denrées alimentaires ou dans l'environnement, qui ne doivent pas être dépassées conformément aux dispositions légales. Ces valeurs sont fixées par les pouvoirs publics dans le but de minimiser les effets néfastes sur la santé humaine et l'environnement.

En Suisse, les valeurs limites sont en partie reprises de l'UE et en partie fixées par la Suisse elle-même. Que ces valeurs soient reprises de l'UE ou déterminées par la Suisse, elles reposent généralement sur des études scientifiques. Les résultats d'études épidémiologiques et d'essais sur les animaux sont utilisés pour déterminer, à l'aide de modèles statistiques, la valeur qui est (avec une très forte probabilité) sans danger pour l'être humain et l'environnement. Dans certains cas, les valeurs limites sont toutefois fixées à titre préventif et ne correspondent donc pas à une valeur maximale définie d’un point de vue écotoxicologique. Lors de la fixation des valeurs limites, outre les connaissances scientifiques et le principe de précaution, d’autres facteurs sont également pris en compte, tels que les intérêts économiques ou la faisabilité technique [8].

Valeurs limites des PFAS

En Suisse, des valeurs limites pour les PFAS dans certains aliments et dans l'eau potable ont été fixées par la loi au cours de la dernière décennie. Les valeurs maximales applicables aux aliments ont été reprises de celles de l'UE et concernent quatre PFAS spécifiques. La loi prévoit à la fois des valeurs limites pour chaque PFAS, mais aussi une valeur maximale pour la concentration totale autorisée (la somme) des quatre substances. La limite maximale cumulée varie, selon le groupe de produits, entre 1,3 µg/kg et 50 µg/kg. Actuellement, seules des limites sont en vigueur en Suisse pour les produits d’origine animale (par exemple les œufs, la viande ou le poisson), bien que des analyses montrent que d’autres groupes de produits, tels que le pain ou le vin, sont également contaminés par des PFAS – même si c’est dans une moindre mesure[9],[10]. En revanche, la Suisse a édicté en 2017 ses propres valeurs limites pour l’eau potable. Ainsi, les concentrations de trois PFAS distincts ne doivent pas dépasser 0,3 µg/L à 0,5 µg/L[11].

Sources : Ordonnance sur les contaminants (OCont), annexe 8a, et Ordonnance du DFI sur les boissons (TBDV), annexe 2

Ces valeurs limites sont clairement trop élevées pour garantir que l'exposition aux PFAS reste inférieure au seuil de sécurité pour les PFAS (c'est-à-dire la dose en dessous de laquelle aucun effet nocif n'a été démontré). Ce seuil a été fixé par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et stipule que la dose hebdomadaire admissible cumulée pour un groupe de PFAS majeurs ne doit pas dépasser 4,4 ng par kilogramme de poids corporel [12]. Un adulte d’un poids moyen d’environ 73 kg (en 2022)[13] ne devrait donc pas consommer plus de 0,3 µg de PFAS par semaine. Si l’on compare cette valeur, par exemple, à la limite applicable aux œufs, qui est de 1,7 µg/kg, il est tout à fait possible qu’en mangeant seulement cinq œufs par semaine, on ingère déjà plus de PFAS que ce que recommande l’EFSA, et ce sans que les œufs dépassent la limite légale [14]. Il faut également garder à l’esprit que d’autres aliments, tels que le poisson, la viande ou l’eau potable, contribuent encore davantage à l’absorption de PFAS.

La politique relative aux PFAS en Suisse et dans l'UE

Malgré la volonté de la population de réglementer plus strictement les PFAS, les responsables politiques suisses peinent à agir en ce sens7. Lors de la session d'automne 2025, le Parlement a examiné au total huit interventions dans le cadre d'un débat spécial consacré aux PFAS. Au motif qu’il fallait également tenir compte des aspects économiques, des motions visant à instaurer une taxe sur les PFAS (« Pour le prélèvement d’une taxe à la source sur tous les PFAS »)[15] ou à restreindre leur autorisation (« Restreindre l'autorisation des PFAS aux usages essentiels »)[16],[17] ont été rejetées. En revanche, des interventions favorables à l’économie, telles que la motion « Valeurs limites pour les PFAS accompagnées de mesures d’accompagnement réalistes », ont été adoptées. Cette motion a pour effet d’autoriser mêmedes dérogations temporaires aux valeurs limites des PFAS pour les entreprises industrielles et agricoles, afin que « les valeurs limites [n'entrainent pas] une charge disproportionnée pour les entreprises [...] »[18].

Si l'on se penche sur ce qui se passe dans l'Union européenne, on constate qu'une législation plus stricte est tout à fait possible. En effet, depuis début 2026, les valeurs limites pour la somme (quantité totale) des PFAS dans l'eau potable ont été considérablement renforcées. Désormais, la concentration cumulée des 20 PFAS les plus pertinents sur le plan toxicologique ne doit pas dépasser 0,1 µg/L. De plus, la limite pour une partie de ces PFAS sera encore abaissée en 2028 [19]. À titre de comparaison : dans notre pays, trois PFAS ne doivent actuellement pas dépasser, pris individuellement, des valeurs maximales comprises entre 0,3 µg/L et 0,5 µg/L.

Des valeurs limites plus élevées bientôt en Suisse aussi ?

Pendant longtemps, on a également évoqué en Suisse la possibilité que les valeurs limites plus strictes de l’UE soient adoptées dès cette année. Le site web de la Confédération indique toujours que « la nouvelle valeur maximale de l’OPBD relative aux PFAS dans l’eau potable entrera en vigueur en 2026, conformément au calendrier de mise en œuvre de l’UE »2. Fin 2025, la Confédération a toutefois annoncé que la reprise de ces valeurs limites serait reportée. La Commission de l’environnement du Conseil des États a exigé, dans une motion, que la Suisse édicte ses propres valeurs limites, indépendamment de l’UE[20]. Cette même motion propose également d’autoriser d’autres mesures contestables. Les producteurs devraient par exemple être autorisés à mélanger de la viande contaminée par des PFAS (quidépasse les valeurs limites !) avec de la viande non contaminée, afin de ne pas dépasser les valeurs maximales légales[21].

Heureusement, un compromis semble toutefois se dessiner actuellement, qui pourrait encore permettre l’adoption des valeurs limites de l’UE. La consultation sur une révision temporaire des règlements relatifs à la législation alimentaire ainsi que sur la mise à jour des valeurs maximales dans l’eau potable se poursuit jusqu’au 18 septembre 2026[22]. Si cette révision était adoptée, les limites de concentration en PFAS dans l’eau potable seraient alignées sur les normes plus strictes de l’UE, pour une durée limitée à trois ans. En contrepartie, il serait toutefois autorisé à l’avenir de mélanger des denrées alimentaires contaminées par des PFAS avec des produits non contaminés afin de respecter les limites maximales[23]. La levée de l’interdiction de mélange est incompréhensible du point de vue de l’environnement et de la santé humaine. Cela ne ferait que contribuer à la propagation des PFAS et à leur accumulation dans le corps humain. À cela s’ajoute le fait que les deux PFAS les plus courants sont potentiellement cancérigènes. Pour les substances chimiques cancérigènes, il n’existe aucune dose en dessous de laquelle un risque pour la santé puisse être exclu.[24]

Réduire les concentrations de PFAS à long terme

Le groupe de substances PFAS comprend des milliers de composés chimiques différents qui ne se dégradent pratiquement pas dans la nature, ce qui a de graves conséquences pour la santé humaine et l'environnement[25]. Cette grande diversité de substances suggère que la fixation de valeurs limites pour chaque substance prise individuellement n'est pas suffisante. Si des valeurs maximales plus strictes sont certes utiles pour maîtriser le problème des PFAS, il est tout aussi important de reconnaître que les valeurs limites ne suffisent pas à elles seules à résoudre le problème. À long terme, seule une interdiction des PFAS permettra de mettre un terme à leurs rejets dans l’environnement. Des mesures d’accompagnement, telles que l’assainissement des sols ou l’interdiction de la vente de denrées alimentaires contaminées, sont également nécessaires pour garantir que les PFAS déjà présents dans l’environnement ne continuent pas à se propager.

Il n’en reste pas moins que l’approche de l’UE, qui consiste à fixer une valeur maximale pour la somme des 20 PFAS les plus préoccupants, est souhaitable et constitue certainement un pas dans la bonne direction[19]. En revanche, l’attitude attentiste de la Suisse, associée à des mesures qui, loin de réduire la présence des PFAS dans l’environnement, ne font que l’accroître, est une mauvaise voie.

Merci à l'association Sans Poison

Nous remercions chaleureusement l’équipe SansPoison pour l’autorisation accordée de reproduire leur article. L’article a été rédigé par Jonas Wiget et traduit par Paula Rouiller. Pour découvrir SansPoison rendez-vous sur le site : ohnegift.ch

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Sources

[1] Bundesamt für Umwelt BAFU (2026): PFAS – was ist das? (consulté le 27.07.2026).

[2] Bundesamt für Umwelt BAFU (2025): PFAS im Grundwasser (consulté le 27.07.2026).

[3] Bundesamt für Umwelt BAFU (2025): PFAS-Belastung in Böden (consulté le 27.07.2026).

[4] SRF (2025): Sofortiger Verkaufsstopp für Hecht und Egli aus dem Zugersee (consulté le 27.07.2026).

[5] Kanton Zug (2025): Hohe PFAS-Belastung in Hecht und Egli aus dem Zugersee bestätigt (consulté le 27.07.2026).

[6] Verband der Kantonschemiker der Schweiz (2023): Auswertung VKCS-Kampagne PFAS in Trinkwasser 2023 (consulté le 28.07.2026).

[7] Tagesanzeiger (2026): Mehrheit will PFAS-Regulierung trotz grosser Wissenslücken (consulté le 28.07.2026).

[8] SRF (2026): Wie sicher sind die Schweizer Grenzwerte? (consulté le 31.07.2026).

[9] Ordonnance sur les contaminants, OCont, annexe 8a : https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/2017/156/fr

[10] RTS (2025): Ewigkeitschemikalien in Schweizer Brot und Wein gefunden (consulté le 29.07.2026).

[11] TBDV Anhang 2.

[12] Europäische Behörde für Lebensmittelsicherheit (2020): PFAS in Lebensmitteln: Risikobewertung und Festlegung einer tolerierbaren Aufnahmemenge durch die EFSA (consulté le 31.07.2026).

[13] Bundesamt für Statistik (2024): Durchschnittliches Körpergewicht (in kg) (consulté le 31.07.2026).

[14] Calcul effectué par SansPoison sur la base des hypothèses suivantes : œufs d'un poids de 50 g et d'une teneur en PFAS de 1,4 µg/kg.

[15] Das Schweizer Parlament (2025): Abgabe auf sämtliche PFAS an der Quelle (consulté le 11.08.2026).

[16] Das Schweizer Parlament (2025): Beschränkung der Zulassung von PFAS auf wesentliche Verwendungszwecke (consulté le 11.08.2026).

[17] SDA-Meldung (2025): Räte wollen bei PFAS Interessen der Landwirtschaft berücksichtigen (consulté le 11.08.2026).

[18] Das Schweizer Parlament (2025): PFAS-Grenzwerte mit realistischen Begleitmassnahmen (consulté le 11.08.2026).

[19] Deutscher Verein des Gas- und Wasserfaches (2026): PFAS und Trinkwasser (consulté le 12.08.2026).

[20] SRF (2025): Bund verschiebt Anpassung der PFAS-Grenzwerte im Trinkwasser (consulté le 13.08.2026).

[21] Das Schweizer Parlament (2026): PFAS-Grenzwerte unter Berücksichtigung der Auswirkungen, insbesondere für die Landwirtschaft oder die Wasserversorger, sachgerecht festlegen und Massnahmen zur Unterstützung der Landwirtschaft einleiten(consulté le 13.08.2026).

[22] Update : entre-temps, le Conseil des États a adopté une motion demandant la suspension provisoire d'une directive fédérale visant à protéger la population contre les PFAS. Voir SDA-Meldung (2026): Ständerat unzufrieden mit Bundesweisung zum Schutz vor PFAS (consulté le 21.09.2026).

[23] Fedlex (2026): Vernehmlassung 2026/47 (consulté le 25.08.2026).

[24] SRF (2025): Ständeräte wollen Verkaufsverbot abmildern – Experte warnt (consulté le 13.08.2026).

[25] Bundesamt für Umwelt (2026): PFAS – was ist das? (consulté le 13.08.2026).

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