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Résidus de pesticides dans les aliments : ce que révèle vraiment le monitorage 2025

Sébastien Tronchet
Par
Sébastien Tronchet
le
31/8/25
En bref

Le rapport 2025 de monitorage des pesticides dans les aliments consommés en Suisse affiche une baisse apparente des résidus mais celle‑ci provient avant tout d’un changement d’échantillonnage qui exclut les aliments les plus contaminés des années précédentes et surreprésente le Bio. Malgré ce biais, 36 % des aliments consommés dans notre pays contiennent des résidus parfois multiples de 43 pesticides différents dont des substances CMR, des perturbateurs endocriniens et des PFAS. Les aliments conventionnels produits en Suisse restent fortement contaminés (53 %) contrairement au Bio (8%), montrant qu’une alimentation biologique réduit l’exposition aux pesticides d’un facteur proche de sept.

Préambule

Fin juillet, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV) a publié son rapport 2025 de monitorage des résidus de produits phytosanitaires (pesticides) dans les denrées alimentaires consommées en Suisse. [1]

L’objectif est d’obtenir des données représentatives afin de déterminer le niveau d’exposition de la population aux pesticides au travers de son alimentation et de déterminer les risques pour la santé des consommateurs.

‍Un changement de méthode qui interroge

Pour la première fois, les aliments analysés ont été choisis selon le programme européen EU Multi-Annual Control Programme (EU MACP) [2].

Ce changement de méthodologie a entraîné trois modifications majeures par rapport aux années précédentes :

  • ‍Disparition des aliments les plus contaminés : En 2024, les cerises, poires, abricots, carottes ou pommes de terre affichaient des taux de contamination proches de 100 %. En 2025, ils ne figurent plus dans l'échantillonnage.‍
  • Sureprésentation des d’aliments biologiques : 42 % des échantillons analysés proviennent de l’agriculture Bio ou Demeter, alors qu’aucun n’avait été inclus les années précédentes. Pourtant, la part de marché du Bio en Suisse dépasse à peine 12 %, et au niveau européen, seuls 6 % des échantillons analysés sont issus de l’agriculture biologique.
  • ‍Ajout d’aliments importés Un tiers des 151 échantillons provient désormais d’Italie, d’Espagne ou d’autres pays contre aucun les années précédentes.

Conséquences :

Ce nouveau choix d’échantillonnage — en particulier la surreprésentation du Bio — fausse mécaniquement les résultats en créant une baisse “artificielle” de la contamination et rend difficile la comparaison avec les années précédentes.‍

Que trouve-t-on dans les aliments analysés ?

Malgré ce biais, les résultats restent préoccupants : 36 % des aliments analysés contiennent des résidus de pesticides, parfois multiples, de 43 pesticides différents.

Parmi les substances détectées :‍

22 % sont suspectées d’être cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR). [3]‍

17 % présentent un risque particulier pour la santé ou l’environnement. [4]‍

11 % sont des perturbateurs endocriniens (PE) avérés ou présumés. [5] [6]‍

9 % appartiennent à la famille des PFAS ou « polluants éternels ». [7]

A noter qu'un même pesticide peut apparaitre dans plusieurs catégories.

Quels sont les aliments les plus contaminés?

Les résultats obtenus lors des analyses montrent la présence de résidus de pesticides dans:

69% des fruits, 44% des légumes, 69% des vins mais aucun dans les céréales et aliments pour enfants.

Résidus multiples

Les fraises et les nectarines sont les championnes des résidus multiples avec  plus d’un échantillon sur 2 qui en contenait.

‍La palme toute catégorie revient à un échantillon de fraise de Belgique qui contenait 10 pesticides différents dont 4 CMR, 3 PE et 1 PFAS !

Focus sur trois pesticides problématiques

‍# 1 Fludioxonil, fongicide présent dans 8% des échantillons dont 42% des fraises

L’EFSA a classé cette substance comme perturbateur endocrinien avéré, ce qui devrait conduire à son interdiction prochaine. [8]

# 2 Fluopyram, fongicide présent dans 6% des échantillons dont 25% des fraises et 27% des nectarines

Ce PFAS appartient à la famille très contreversée des inhibiteurs de la SDH, une enzyme essentielle à la respiration cellulaire de nombreux organismes, y compris l’humain. [9]

L’Autriche a proposé de classer cette substance comme susceptible de provoquer le cancer. [10]

# 3 Cyprodinil, fongicide présent dans 5% des échantillons dont le 33% des fraises.

L’EFSA a classé cette substance comme perturbateur endocrinien avéré, ce qui devrait conduire à son interdiction prochaine. [11]

Le cas du bromide

Le Bromide est le résidu le plus fréquemment détecté dans les échantillons (10%), en particulier dans les choux, les salades, tomates et vins.

Ses origines sont multiples, à la fois anthropiques — comme l’usage du bromure de méthyle pour la fumigation, une pratique interdite depuis 2010, ou certains produits biocides et désinfectants — et naturelles , notamment parce que les choux ont tendance à absorber le bromure présent naturellement dans le sol.

Bio Suisse part du principe que pour les valeurs inférieures à 5 mg/kg, il s’agit d’une teneur naturelle en bromure, ce qui est le cas pour la plupart des échantillons analysés. [12]

Nous avons ainsi décidé de ne pas lui consacrer un focus spécifique, tout en la conservant dans le calcul des taux de contamination, conformément aux exigences du programme européen EU MACP.

2025 versus années précédentes

Pour ce calcul, nous avons conserver uniquement les aliments produits en Suisse de manière conventionnelle afin de respecter la méthodologie des années précédentes.

Sur les 55 échantillons conservés, 29 contenaient des résidus de pesticides, soit un taux de contamination de 53%, dans la fourchette basse des années précédentes.

Les résultats montrent toutefois une forte disparité dans la contamination suivant les aliments: 100% des pommes et des tomates étant contaminées contre 0% du lait ou de la graisse de porc.

‍Bio vs conventionnel : un écart spectaculaire

Bien que la surreprésentation des échantillons d'origine biologique ait faussé les résultats, elle nous a permis de comparer les taux de contamination des aliments en fonction de leur mode de culture.

Au total 8% seulement des échantillons d’origine Bio/Demeter étaient contaminés par des résidus de pesticides (Bromid) contre 57% de ceux issus de l’agriculture conventionnelle.

On observe ainsi clairement que la consommation d’aliment biologique réduit significativement l’exposition via l’alimentation aux pesticides de synthèse - près de 7x.

Ce qu'il faut en retenir

La baisse apparente des résidus en 2025 ne reflète pas une amélioration réelle de la situation mais un changement d’échantillonnage.

36% des aliments consommés en Suisse contiennent des résidus de pesticides dont des CMR, PE ou PFAS.

53% des aliments produits en Suisse de manière conventionnelle contiennent des résidus de pesticides, en particuliers les fruits et légumes.

Le Bio reste de loin la meilleure manière de réduire son exposition - jusqu'à à sept fois.

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Monitorage des résidus de produits phytosanitaires dans les denrées alimentaires - OSAV 2025

Détails des résidus de pesticides aliment par aliment sous format Excel.

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En savoir plus
Sources

[1] OSAV, Tableau de bord, sécurité des aliments : https://www.dashboard.blv.admin.ch/nutrition/food-safety/pesticide-residues

[2] EFSA, Chemical monitoring : https://www.efsa.europa.eu/fr/data-report/chemical-monitoring

[3] ECHACHEM database: https://chem.echa.europa.eu/

[4] OFAG, substances actives présentant un potentiel de risque particulier: https://www.blw.admin.ch/dam/fr/sd-web/y4XVoe9-Dx08/Crit%C3%A8res%20relatifs%20aux%20PPh%20pr%C3%A9sentant%20un%20potentiel%20de%20risque%20particulier_juillet%202025.pdf

[5] Commission européenne, Screening of available evidence on chemical substances for the identification of endocrine disruptors according to different options in the context of an Impact Assessment, 2016: https://health.ec.europa.eu/document/download/b8232a58-ddba-435a-9781-01c539bfafb0_en

[6] Overview of the endocrine disrupting (ED) assessment of pesticide active substances in line with the criteria introduced by Commission Regulation 2018/605 : https://www.efsa.europa.eu/sites/default/files/documents/overview-endocrine-disrupting-assessment-pesticide-active-substances.xlsx

[7] OFEV, Substances actives de produits phytosanitaires considérées comme des PFAS et potentiellement capables de se dégrader en TFA: https://www.bafu.admin.ch/dam/fr/sd-web/5WFqaQyTH6uT/TFA_PSM_2025.xlsx

[8] EFSA, Peer review of the pesticide risk assessment of the active substance fludioxonil : https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2024.9047

[9] Pollinis, Les études scientifiques s’accumulent sur les effets néfastes des fongicides SDHI, 2022: https://www.pollinis.org/publications/les-etudes-scientifiques-saccumulent-sur-les-effets-nefastes-des-fongicides-sdhi/

[10] ECHA, registry of CLH intentions until outcome, Fluopyram : https://echa.europa.eu/fr/registry-of-clh-intentions-until-outcome/-/dislist/details/0b0236e18b5aa1cc?_disslists_WAR_disslistsportlet_businessIdentifier=0b0236e18b5aa1cc

[11] EFSA, Peer review of the pesticide risk assessment of the active substance cyprodinil : https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2025.9209

[12] Bio Suisse, Informationen und Stellungnahme zu Rückständen von anorganischem Bromid : https://knospe.bio-suisse.ch/dam/jcr:63d7cd4b-324f-4b10-ac76-f0ce3650faf6/d_grundlagen%20bromid_final_2025_V2.pdf

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